
" On ne va jamais aussi loin que quand on ne sait pas où l'on va"
Partie 4
2022
Retour aux sources
Cette année sera riche, riche de tout, de rencontres, de lieux, de retrouvailles, de découvertes, d’apprentissage, de beautés, d’émerveillements, d’intrigues et d’aventures, des expériences que je n’aurais jamais pu expérimenter autrement, un cadeau merveilleux servi par le voyage que je me suis offert. Je parcours plus de 30 départements, essentiellement dans la moitié sud de la France, je traverse l’Allier et la Saône-et-Loire, pour retrouver le Doubs et le Jura, mes origines familiales oubliées, je retrouve les décors de mon enfance, la maison de mes grands-parents, que je retrouve chamboulée à la « mode de chez nous », les larmes m’ourdissent les yeux, l’émotion s’invite en chacune de mes fugues, je me remémore mon enfance, je n’ai pas encore 10 ans je barbote dans l’eau avec mon grand-père puis nous grimpions maladroitement dans sa barque verte, lui avec sa patte folle et moi avec mon inexpérience, cette embarcation de fortune aux flancs larges et la longueur fière laissait l’eau s'infiltrer comme dans un sablier, je scrutais le bouchon de ma ligne et la montée des eaux dans le vieux baquet de bois qui nous protégeait des flots du Doubs, aucun des deux inconscients que nous étions ne savait nager.

Je ressens ce besoin très fort de retrouver mes origines, revoir ma famille que le travail et les cadences de ma vie m’ont fait oublier.

Ce jour-là, je l’aperçois. Elle est là, immobilisée par les années, sous le pont de Peusec, c’est elle, c’est moi qui monte dedans, j’ai dix ans, mon grand-père tire sur la chaine, un retour fulgurant dans le passé me fait descendre une larme sur la joue. J’apprendrai plus tard que ce n’était pas la nôtre, comme aurait-elle pu perdurer à tout ce temps ?
C’est bien connu, les nomades sont des crados

Eh bien non, au contraire, vivre dans un espace restreint exige une hygiène assidue, dormir près des chaussettes puantes de la rando, on évite ! Aux belles saisons, je me baigne régulièrement dans les rivières et les lacs, voire même les étangs, les ruisseaux sont une aubaine. J’ai choisi de ne pas encombrer Charlie d’une douche intérieure, j’ai opté pour la célèbre douche Décathlon d’extérieur, à l’occasion je chauffe un peu d’eau, 5 ou 6 litres suffisent à prendre une douche confortable, sinon, c’est le gant de toilette quand il fait vraiment froid comme j’ai vu le faire ma grand-mère. Je ne me lave pas tous les jours, ça c’est une hérésie et un conditionnement de la société, cela abime la peau, une douche tous les trois jours est suffisante, le reste du temps, c’est une toilette de chat. Jamais de déo ni de substances superficielles ne viennent polluer ma peau et la terre, un peu de savon d'Alep et un shampoing naturel, jamais dans ou près d'une source d'eau.
En route !
Je prends la route vers le sud, l’Ain, l’Isère, la neige, je traverse rapidement (trop) la Drôme, les Alpes pour me poser dans le Var, c’est mon objectif, j’y fais un woofing, mais qui ne m’apporte pas ce que j’attendais malgré un bon accueil des propriétaires, des gens sympas qui se sont exclus volontairement d’un système qui ne leur convenait plus, cependant, je ne ressens pas de bonheur entre eux, à vrai dire, une certaine mésentente et une désorganisation qui ne permet pas de construire convenablement un lieu sain. Le temps de rétablir le poulailler, je pars donc en bon terme. J’explore les montagnes et profite de la méditerranée, je suis sous le charme du Var, j’y passe quelques semaines, c’est un très beau département, j’essaie de sortir le plus possible des sentiers touristiques, entre mer et forêts denses. Je vis de merveilleux moments.

Ce soir, mon nouveau jardin est aux rives du Doubs, je traverse un grand pré par le chemin effacé qui borde la rivière, peu de gens s’aventurent ici, le champ de maïs complétera ma course et me protégera pour la nuit, à quelques mètres, je peux descendre vers une plage enchanteresse où je pourrai me baigner, un petit paradis dont je profite et qui me permettra un point de bivouac pour pouvoir renouer avec à ma famille oubliée.
Mes origines.

Je traverse les Bouches-du-Rhône, les vrombissements des voitures de la périphérie de Marseille m’effraient, je n’y rentre pas, ce n’est plus mon monde, je ne ressens aucunement l’envie de me mêler à cette agitation qui ne me convient plus, je m’engage néanmoins dans un quartier mouvementé que je m’empresse de délaisser après m'avoir ravitaillé, je franchis la frontière m’offrant l’Hérault, puis l’Aude, les Pyrénées, encore des woofing peu honorables, cependant, je persiste à croire que ce mode d’apprentissage est un excellent outil de partage si les parties et notamment les offrants en considèrent le principe dans son origine, hélas je dois avouer que pour le moment, mes expérimentations sont peu convaincantes,

Face au canigo
je n’insiste pas et à chaque fois je reprends la route comme un Lucky Luke transi, l’avantage d’être nomade c’est de ne dépendre de rien ni de personne, d’un propriétaire avec lequel on ne trouve pas d’accord, l’attachement à une terre s’évanouit, si le bonheur s’absente, je tourne la clé, appuie sur la pédale d'accélérateur et réoriente ma vie vers d’autres horizons plus généreux à m'offrir cette richesse qu'est la liberté sans condition.

Troupeau de moutons dans les Pyrénées Orientales
Cependant, je dois l’admettre, ces expériences m’enrichissent, j'analyse à présent comment il faut procéder ou pas, et puis, ce n’est pas la base de ma vie, j’ai été curieux de comprendre comment pouvait se passer la vie dans ce type de lieu, mais je découvre qu’ils sont tous très singuliers, très diversifiés, chacun y met sa façon de percevoir l'échange humain, c'est parfois étonnant, il faut s'adapter, j'ai peut être ce mal-là, moi qui aie tout le temps commandé, dirigé, j'ai du mal a accepter les compromissions.

Dans les remous du Gardon
Le road et le woofing
Je reste convaincu de la pertinence, mais pour moi, cette vie ne m’est pas fondamentale comme j’ai pu le constater auprès de certains woofeurs tributaires d’un hébergement et de la nourriture. Ce n’est pas mon cas et j’en suis heureux.

Lac de Caramany, Pyrénées Orientales
Je reprends la route, sillonne le Gard que je n’aime pas, du moins son sud, une mentalité issue de la tauromachie, cette barbarie qui me révulse au plus haut point et que je combats, cette pratique se répand comme le sang du taureau dans les esprits des Gardois. Les propriétés de riches manadiers subtilisent les terres d’accueil au nomade et aux autres, la notion de l’appartenance par le pognon, des fabriques à touristes qui prônent la tauromachie, au nom d’une tradition sanglante et révolue, comme c’est le cas aux « Saintes-Maries de la mer » dont l’aura touristique semble pourtant reconnue dans les manuels, un enfer bondé de touristes en tong qui lèchent le fléchage jusqu’aux attractions.

On m'a vu dans le Vercors
Ici des taureaux s’exposent comme des bibelots, des chevaux blancs enguirlandés enfourchés de guignol d’un autre temps, des parcages de bétons saturés, des interdictions.

Et dans les Cévennes
Étrangers, il vous faut raquer là où on vous dit sans salir. Les estivants consommateurs du monde moderne sous le joug des élus de la république dont le principal souffle n’est que la pensée du profit au mépris de l’écologie, dévastant sans vergogne avec une ignorance assumée, au nom des la carte postale d’antan, les terres de leurs ancêtres. À l’entrée de la ville, je vois des chevaux semblant exténués, pataugeant dans leur crottin et la boue, broutant un foin humide dans des auges communes, une selle propre, prête pour les culs en bermuda des prochains touristes à trainer entre les manades. L’exploitation des taureaux et les corridas me consternent. Ici tout est horrible et dégueulasse, je m'évade d'une époque qui ne me correspond plus.

Peut être un jour me réconcilierai-je avec la Camargue et ses Camarguais, pour cela il faudrait qu’ils cessent de croire que tuer est un amusement, que les animaux prennent du plaisir dans leurs jeux morbides, qu'ils ne sont pas sur terre pour parader dans une arène ou pour le cul des touristes. Un combat contre la maltraitance animale et pour leur liberté, qui avance lentement, et qui j’espère prendra fin un jour ? En attendant, des bêtes souffrent et meurent sous les épées de leurs tortionnaires accrédités.

Aux rives du Gardon
Je file vite dans l’Hérault, le département est très différent, je rejoins la quiétude et la sérénité des lieux, des moments magiques, j’aime ce département éclectique, riche en terres d’exploration. J’y passe quelques jours, puis je retrouve le nord de la magnifique Aude, ce département cher à mon cœur.

Village écolo près de Perillos Aude
Nous nous engageons dans les paysages montagneux, c’est vraiment la pampa ! Quel bonheur ce paysage me remémore de l’Ouest américain, sauvage, je ressens une forte sérénité ici et pour cause… Nous posons notre campement après avoir passé un petit hameau de quelques maisons, certaines semblent abandonnées, ce sera ici, sur une colline dominante avec une vue bluffante sur les montagnes.

Des écologistes ont entrepris de restaurer ce mini village dans les règles de l’art, ils rebâtissent les maisons en se rapprochant de leur origine, replantent des arbres endémiques et font de cet endroit un paradis qu’ils me laisseront bénéficier sans contrepartie, personne ne vient m’embêter, ici le lieu est commun et libre, je n’ose pas les déranger, je les admire un peu à l’écart, après les Gardois des Saintes Marie, je me mets à espérer que d’autres humains sur cette terre ont une autre vision de l’univers. Beaucoup plus adaptée à la mienne. Cela me remplit de bonheur, je passerai quelques jours ici.




Perillos
"Longue Vie", site historique
L'appel de la Montagne
C’est aussi ici que je fais une rencontre amoureuse, Stéphanie m’invite à rejoindre sa petite communauté dans les Pyrénées-Orientales où elle a posé sa caravane.
Je rejoins une petite troupe sympathique : Yoga de groupe, tantra, soirées, une fête mémorable, discussions, repas en commun, musique, sorties, initiation à des mondes différents, partages, entraides, amélioration de l’habitat, alimentation végétarienne et une pincée de spiritisme, me permettent de regagner l’esprit de communauté, j’éprouve toujours cependant le besoin de m’isoler, je sens que ma dépression n’est pas tout à fait cicatrisée, mais j’affectionne à retrouver un peu de cette sociabilité.

Amour et Ixi, le chien de Stéphanie, ne se quittent plus, la nouvelle amie du Border Collie fou n’est autre qu’une petite Staffy adorable qui, je dois l’avouer conquerra mon affection, moi qui aie toujours eu une appréhension injustifiée pour cette race, ces petits chiens au caractère bagarreur certes, se métamorphosent en poulbots affectueux et séduisants dans l’intimité quand ils accompagnent un bon maitre.
La petite chienne noire ne nous délaisse plus, elle partage ses nuits avec nous, étendue au côté d’Amour dans Charlie.

Ixi et moi

Je souhaite me rendre utile, pour cela, je me suis proposé de refaire le poulailler dans son entièreté, celui-ci s’est tout juste confronté à l’agression d’un prédateur, aucune bête à plume n’a survécu à l’assaut. Je décide de le reconstruire en partant de zéro avec l’approbation plutôt enchantée de la propriétaire des lieux.

Près de la douce rivière qui s’écoule au bout du terrain, je me suis aménagé un ponton composé de palettes et de bambous, une vieille chaise de tissu, c’est mon lieu dérobé et intime bien à moi où personne ne passe, masqué par les hautes herbes, la riviérette est peu profonde, avec le soutien des deux chiens, je me suis frayé un passage étroit dans la prairie qui mène à notre secret Eden. Ici, après le travail, je me lave et je contemple l’eau, cette eau qui me réconforte et qui m’a tellement offert à contenir ma dépression en 2019.
Les chiens guettent ma dépose des outils, me suivent avec frénésie, tous deux excités des bâtons balancés dans l’eau qui entraîneront leurs baignades.
J’observe que les possibilités de créer un lieu atypique sont formidablement étendues dans les Pyrénées-Orientales, les terrains de loisirs avec habitations légères sont usuels, un peu comme dans certaines parties de l’Hérault.
J’ai achevé le poulailler, je suis fier de moi, il est vaste et plutôt réussi, fonctionnel et sécure, je pense qu’il pourra repousser les offensives des prédateurs, la maitresse de maison paraît ravie.
Mais je dois partir, amenant avec moi la maladie de la propriétaire, ce n’est pas la Covid, mais ça y ressemble, fièvre et fatigue intense. Je pars m’isoler sur un spot bien abrité dans la montagne où je passe 4 jours immobilisé sans voir personne.
J’y vis la sérénité de la convalescence, en ouvrant de temps à autre un œil torve sur la clairière bienveillante et réparatrice. Ma vie solitaire m’offre l’avantage de pouvoir rester tranquille sans être dérangé quand j’en ressens la nécessité, un moment apaisant après la frénésie des rencontres de ces derniers jours, j’avoue que ce petit passage solitaire me fait du bien.
Ma convalescence près de Prades


Caramany
Aussitôt ragaillardi, je peux reprendre mes prospections dans ce département regorgeant de lieux tous plus éblouissants les uns que les autres.
Je retrouve mon amoureuse, elle me partage sa passion de la montagne, me fait découvrir ses Pyrénées-Orientales qu’elle affectionne tant, l’univers où elle vit depuis des années, nous passons des moments délicieux à nous baigner nus dans les lacs ou lézarder dans les eaux chaudes de thermes sauvages.
Le lac Caramany est une magie, nous nous installons dans une petite clairière au bord de ses eaux, une petite crique aux eaux transparentes qui devient notre décor de baignade et de rafraîchissement.
Stéphanie reprend ses activités, elle me confie Ixi quelques jours, avec un grand bonheur, nous nous installons quelques jours dans la petite clairière où nous laissons glisser les jours, j’aimerais que le temps s’interrompe… j'aimerais écouler le restant de mes jours dans cette oasis de bonheur.
Il fait très chaud, je partage mes journée en baignades, randonnées, farnientes, écriture et lecture dans le hamac. C’est véritablement l’un des plus beaux spots depuis mon départ cette année.
Il me rend compte combien il est parfois difficile de se mettre un coup de pied aux fesses pour s’enfuir d’un paradis.
Le réconfort à penser que c’est pour en retrouver une autre me motive à déguerpir d’un lieu qui m’a offert tant de bonheur…






Véritablement, je suis en train de devenir follement amoureux… je parle du pays, car hélas, je mets un terme à ma relation avec cette femme qui est admirable, mais qui ne me convient pas.

Je vais explorer quelque temps, découvrir des montagnes, des lacs, des sources d’eau chaude, des rivières magnifiques, rencontrer d’autres nomades, d’autres fous, ce département m’offre ses eldorados.
Les Catalans sont réputés pour leur chauvinisme, peut être, mais personnellement, je n’ai pas réellement rencontré d’animosité, un peu comme le sont les Corses, se sont des gens protecteurs de leur territoire, peut être un peu trop en oubliant que les terres appartiennent communément à tous les sapiens, quelque-soient leurs origines, tentons de garder à l’esprit que nous sommes tous originaires d’un seul continent.
Mais finalement, n’ont-ils pas un peu raison ?
Tout le bleu du ciel
Je vais partir à la rencontre d’un homme. Il y a un an, je l’avais croisé sur sa colline, éloigné de toute civilisation, mais la vie a fait que je n’ai pu véritablement faire sa connaissance.
Ce sera la troisième fois que je me rends à Eus (prononcer é-ousse), c’est un petit village que je m’étais juré de visiter après avoir lu « tout le bleu du ciel » le roman de Melissa Da Costa, lieu de séjour d’Émile et Joanna, les héros voyageurs.



